Billets du jour : 05/06/2015


Une critique de l’autorité politique 2. Méthode

Pour préciser le problème de l’autorité politique comme rapport entre le fait de la force et le droit de l’autorisation, il est intéressant de repartir d’un texte classique sur le sujet, un dialogue de Platon, le Gorgias. Le dialogue porte sur la rhétorique, c’est-à-dire l’art de parler pour convaincre. Je ne m’intéresse pas ici au dialogue dans son ensemble mais à un échange particulier entre Socrate et un personnage fascinant qui s’appelle Calliclès. Dans le dialogue, Calliclès représente la « clientèle » des sophistes ; des individus de la classe sociale supérieure qui suivent les cours des sophistes pour l’emporter dans les discussions politiques, en particulier à l’assemblée. Calliclès commence par distinguer la nature et la loi, qu’il reproche à Socrate de confondre, quand c’est lui, en fait, qui va produire la plus grande confusion. Il affirme donc que, selon la nature, il est est juste que le meilleur ait plus que celui […]


Une critique de l’autorité politique 1. Hypothèse

Partons d’une question naïve : pourquoi une puissance ou un pouvoir ne se contente-t-il pas de s’exercer purement et simplement ? Pourquoi s’adjoint-il quasi nécessairement des formes de justification ou de légitimation ? Nous aurions du mal à trouver dans l’Histoire, ou même à penser, une force, une puissance, un pouvoir qui s’exercerait au détriment d’une autre force ou puissance sans affirmer en même temps, d’une manière ou d’une autre, qu’elle a le droit de le faire. Même la violence d’un pouvoir autocratique qui possède une supériorité « physique » décisive s’accompagne de discours de justification, de légitimation, c’est-à-dire de discours qui affirment que cet usage de la force n’est pas « brut », gratuit, arbitraire mais s’appuie sur des raisons qui le fondent, le rendent juste, voire nécessaire. Ces discours peuvent être de tout type : scientifiques (par exemple des théories sur l’inégalité des races justifiant asservissement ou extermination), juridiques en jouant sur le formalisme du droit, géopolitiques […]


Un athéisme radical 2. Tautologie : l’absolu n’est pas relatif est puis c’est tout

Les demi-croyants ont en commun de croire un peu ou de ne pas croire un peu et s’opposent par définition à deux autres possibilités : croire absolument (il faut les chercher) ou ne pas croire absolument (ils ne sont pas plus nombreux). Certainement, dans un premier mouvement un peu naïf, on peut se sentir plus proche de ceux qui croient absolument que des philistins, ne serait-ce que par respect pour leur entièreté éthique. Ceux qui parlent d’absolu auraient plus de facilité à s’entendre qu’avec ceux qui ne peuvent même plus en concevoir l’idée. En fait, cette « intimité » ne fonctionne que d’une manière esthétique. La radicalité se ressemble, les discours sonnent pareillement et les affects qui en découlent séparent du sens commun. En deçà d’un «style » éthique comparable, d’une manière tout à fait superficielle, ou si l’on ne considère pas l’éthique simplement comme une question de style d’existence, […]