Archives de l’année : 2016


D… comme (r)DV, rapport dématérialisation/virtualisation

Ces articles sont issus d’une rencontre avec Alain Damasio organisée par Guillaume Gourgues et Ouassim Hamzaoui le 29 juin 2012 à l’université de Grenoble. Les organisateurs avaient décidé de nous faire réagir sur un abécédaire maison, adapté à nos questions. La journée s’est révélée passionnante (au moins pour nous) et nous pensions en publier le résultat. Cela n’a pas pu se faire, je livre donc ici le résumé de mes interventions sur des sujets aussi divers que la virtualisation, la surveillance, la neutralisation ou la résistance. Dans les textes qui suivent, j’ai conservé autant que possible l’oralité de ces rencontres. Il y a un fantasme du virtuel, dont l’anticipation met en lumière qu’il n’est pas qu’un fantasme puisque des moyens techniques et des modes d’existence actualisent dans une certaine mesure ce fantasme. Il y a ce désir fou d’affranchissement des limites de la matière, d’allègement, d’anesthésie, de vitesse, d’ubiquité, de […]


Un athéisme radical 6. La mort comme ascèse

La pensée de l’absolu=néant est indissociable d’une expérience paradoxale, celle de sa propre disparition. L’expérience de la mort est le premier accès métaphorique à la pensée du néant. Là-aussi, toute une tradition éthique a fermé la porte de cette expérience par un argument logique: la mort n’est rien, je suis quelque chose, quelque chose ne peut pas être rien, donc je ne peux pas expérimenter la mort, elle n’est rien pour moi. Magnifique. Et pourtant, nous savons tous que nous allons mourir et cela ne nous laisse pas indifférents. Que celui pour qui ce n’est pas le cas arrête sa lecture maintenant. Nous sommes très contents pour lui et ne voulons surtout pas gâcher son bonheur. La mort n’est rien pour nous, argument abstrait détestable qui nous prive de notre plus haute puissance (dont la beauté est d’être aussi la plus banale) sous prétexte de nous rendre la vie plus […]


C… comme Captcha

Ces articles sont issus d’une rencontre avec Alain Damasio organisée par Guillaume Gourgues et Ouassim Hamzaoui le 29 juin 2012 à l’université de Grenoble. Les organisateurs avaient décidé de nous faire réagir sur un abécédaire maison, adapté à nos questions. La journée s’est révélée passionnante (au moins pour nous) et nous pensions en publier le résultat. Cela n’a pas pu se faire, je livre donc ici le résumé de mes interventions sur des sujets aussi divers que la virtualisation, la surveillance, la neutralisation ou la résistance. Dans les textes qui suivent, j’ai conservé autant que possible l’oralité de ces rencontres. Captcha, c’est de l’argot américain qui veut dire capture mais c’est aussi un acronyme, une marque déposée, qui désigne un test de Turing permettant de distinguer un être humain d’un robot. On en rencontre quotidiennement sur Internet, par exemple sous cette forme : Sur ce sujet, je trouve très intéressante la […]


B…. comme BINC (Bio-info-nano-cogno)

Ces articles sont issus d’une rencontre avec Alain Damasio organisée par Guillaume Gourgues et Ouassim Hamzaoui le 29 juin 2012 à l’université de Grenoble. Les organisateurs avaient décidé de nous faire réagir sur un abécédaire maison, adapté à nos questions. La journée s’est révélée passionnante (au moins pour nous) et nous pensions en publier le résultat. Cela n’a pas pu se faire, je livre donc ici le résumé de mes interventions sur des sujets aussi divers que la virtualisation, la surveillance, la neutralisation ou la résistance. Dans les textes qui suivent, j’ai conservé autant que possible l’oralité de ces rencontres. BINC, donc aussi la « convergence » annoncée des nanotechnologies, des biotechnologies, des technologies de l’Information et des sciences cognitives ? Dit aussi « transhumanisme », amélioration voire dépassement de l’humain grâce à la technologie, thème très à la mode, bien que depuis peu et qu’Alain Damasio a travaillé avec une grande acuité critique dans […]


Le contrôle virtuel du territoire

Conférence donnée dans le cadre du Festival Signal #5 organisé par le CIFAS (Le Centre international de Formation en Arts du Spectacle de Bruxelles). Elle porte sur la colonisation virtuelle de l’espace physique à travers la maîtrise de “calques” virtuelles déclinant la carte planétaire GPS. L’analyse propose de croiser deux objets, a priori sans rapports, le bracelet électronique GPS d’un côté, et le jeu Pokémon Go, de l’autre.

Page du CIFAS: http://www.cifas.be/fr/

Page de Signal #5 : http://www.cifas.be/fr/workshops/signal-5

Page de la vidéo sur Viméo : https://vimeo.com/185783022


Un athéisme. radical 5. Expérimenter le néant

Oui, mais voilà, les problèmes philosophiques ne sont jamais seulement des problèmes de logique. Le paradoxe dont on veut parler n’est pas simplement langagier, c’est un paradoxe vécu dans la chair. Et c’est ça le sens philosophique du paradoxe : qu’une pensée logiquement contradictoire produise malgré tout des affects qui tendent notre sensibilité au-delà d’elle-même, qui nous fait éprouver ce que l’on ne devrait pas pouvoir éprouver. En elle-même, la proposition « a et non-a » ne pose aucun problème. Au contraire, sa « table de vérité » est l’assise la plus solide que l’on puisse avoir, son résultat est un inébranlable zéro. Rien ici de bouleversant. Mais le problème apparaît lorsque l’on vit cette impossibilité, ou ce zéro, comme une affection avec laquelle rien ne peut se comparer dans l’existence. Le problème, c’est de pouvoir penser sur un certain mode (intuitif) ce que l’on ne peut pas penser sur un autre mode (logique), […]


Un athéisme radical 4. Absolu=néant

Posons que l’absolu n’est pensable que comme néant et le néant comme absolu. L’absolu est ce qui n’est pas relatif, c’est-à-dire ce qui ne peut entrer en relation avec quoi que ce soit. Ne pouvant être mis en relation avec rien sans devenir aussitôt relatif à quelque chose d’autre et donc se dissoudre, l’absolu ne peut pas être caractérisé. Aucun mot, aucune proposition, aucun concept ne peut s’y rapporter. On ne peut comparer son être, sa signification ou sa valeur avec aucune autre chose. De même qu’il est informe, l’absolu est radicalement silencieux et impuissant. Il ne dicte rien (qui s’adresserait alors à quelqu’un d’autre) et ne produit rien (qui serait alors une production de l’absolu). Ni à ni de ne sont absolument pensables. Si l’on cherche ce qu’est l’absolu, on ne peut donc rien répondre. Le néant ne désigne, d’abord, que l’impossibilité radicale de rendre compte de l’absolu et, […]


Un athéisme radical 3. La peur de la mort

La plaie ouverte qui réactive sans cesse la croyance dans l’absolu relatif, c’est la peur de la mort. L’homme est celui qui ne peut pas se contenter de vivre mais redouble ce qui se passe par sa mise en suspens dans une éternité fictive. Paradoxalement, l’intensité de son instinct de survie le pousse à préférer l’arrêt du temps de la vie à son écoulement. Comme « l’infinitisation » dans l’ordre du temps entraîne nécessairement une infinitisation selon toutes les autres dimensions pensables, l’éternité imaginaire bricolée à partir des expériences quotidiennes est érigée comme principe dont ces dernières deviennent tributaires. Il ne faut plus justifier l’infini face au fini dont il est extrapolé mais le fini face à l’infini dont il serait l’émanation. L’éternisation des choses vécues crée une idée transcendante dont cette vie procède et vouloir survivre à tout prix, c’est contracter une dette infinie envers l’absolu qui est la source de […]