Razac


A propos Razac

Après des études de philosophie à l'Université Paris 8 dans les années 90 et une période de production d'essais de philosophie politique sur des objets contemporains (le barbelé et la délimitation de l'espace, le zoo et le spectacle de la réalité, la médecine et la "grande santé"). J'ai travaillé pendant huit ans comme enseignant-chercheur au sein de l'Administration Pénitentiaire. C'est dans cette institution disciplinaire que j'ai compris ce que pouvait signifier pour moi la pratique de la philosophie, c'est-à-dire une critique des rationalités de gouvernement à partir des pratiques et dans une perspective résolument anti-autoritaire. Depuis 2014, j'ai intégré l'université de Grenoble comme maître de conférences en philosophie. Je travaille sur la question de l'autorité politique, sur les notions de société du spectacle et de société du contrôle. J'essaie également de porter, avec les étudiants, des projets de philosophie appliquée déconstruisant les pratiques de pouvoir. Enfin, nous tentons de faire vivre un réseau de "philosophie plébéienne", anti-patricienne donc, mais aussi en recherche de relations avec tous nos camarades artisans de la critique sociale.


F… comme Facebook

Ces articles sont issus d’une rencontre avec Alain Damasio organisée par Guillaume Gourgues et Ouassim Hamzaoui le 29 juin 2012 à l’université de Grenoble. Les organisateurs avaient décidé de nous faire réagir sur un abécédaire maison, adapté à nos questions. La journée s’est révélée passionnante (au moins pour nous) et nous pensions en publier le résultat. Cela n’a pas pu se faire, je livre donc ici le résumé de mes interventions sur des sujets aussi divers que la virtualisation, la surveillance, la neutralisation ou la résistance. Dans les textes qui suivent, j’ai conservé autant que possible l’oralité de ces rencontres. Facebook, ce serait le système mondial automatisé d’une forme renouvelée de confession, telle que Foucault l’a pensée. C’est l’autoproduction de son individualité normalisée dans la relation avec un autre, ou des autres. Cet autre vis-à-vis duquel je me définis, ce n’est pas le prêtre, le médecin, le flic, le psychanalyste, […]


D… comme (r)DV, rapport dématérialisation/virtualisation

Ces articles sont issus d’une rencontre avec Alain Damasio organisée par Guillaume Gourgues et Ouassim Hamzaoui le 29 juin 2012 à l’université de Grenoble. Les organisateurs avaient décidé de nous faire réagir sur un abécédaire maison, adapté à nos questions. La journée s’est révélée passionnante (au moins pour nous) et nous pensions en publier le résultat. Cela n’a pas pu se faire, je livre donc ici le résumé de mes interventions sur des sujets aussi divers que la virtualisation, la surveillance, la neutralisation ou la résistance. Dans les textes qui suivent, j’ai conservé autant que possible l’oralité de ces rencontres. Il y a un fantasme du virtuel, dont l’anticipation met en lumière qu’il n’est pas qu’un fantasme puisque des moyens techniques et des modes d’existence actualisent dans une certaine mesure ce fantasme. Il y a ce désir fou d’affranchissement des limites de la matière, d’allègement, d’anesthésie, de vitesse, d’ubiquité, de […]


Un athéisme radical 6. La mort comme ascèse

La pensée de l’absolu=néant est indissociable d’une expérience paradoxale, celle de sa propre disparition. L’expérience de la mort est le premier accès métaphorique à la pensée du néant. Là-aussi, toute une tradition éthique a fermé la porte de cette expérience par un argument logique: la mort n’est rien, je suis quelque chose, quelque chose ne peut pas être rien, donc je ne peux pas expérimenter la mort, elle n’est rien pour moi. Magnifique. Et pourtant, nous savons tous que nous allons mourir et cela ne nous laisse pas indifférents. Que celui pour qui ce n’est pas le cas arrête sa lecture maintenant. Nous sommes très contents pour lui et ne voulons surtout pas gâcher son bonheur. La mort n’est rien pour nous, argument abstrait détestable qui nous prive de notre plus haute puissance (dont la beauté est d’être aussi la plus banale) sous prétexte de nous rendre la vie plus […]


C… comme Captcha

Ces articles sont issus d’une rencontre avec Alain Damasio organisée par Guillaume Gourgues et Ouassim Hamzaoui le 29 juin 2012 à l’université de Grenoble. Les organisateurs avaient décidé de nous faire réagir sur un abécédaire maison, adapté à nos questions. La journée s’est révélée passionnante (au moins pour nous) et nous pensions en publier le résultat. Cela n’a pas pu se faire, je livre donc ici le résumé de mes interventions sur des sujets aussi divers que la virtualisation, la surveillance, la neutralisation ou la résistance. Dans les textes qui suivent, j’ai conservé autant que possible l’oralité de ces rencontres. Captcha, c’est de l’argot américain qui veut dire capture mais c’est aussi un acronyme, une marque déposée, qui désigne un test de Turing permettant de distinguer un être humain d’un robot. On en rencontre quotidiennement sur Internet, par exemple sous cette forme : Sur ce sujet, je trouve très intéressante la […]


B…. comme BINC (Bio-info-nano-cogno)

Ces articles sont issus d’une rencontre avec Alain Damasio organisée par Guillaume Gourgues et Ouassim Hamzaoui le 29 juin 2012 à l’université de Grenoble. Les organisateurs avaient décidé de nous faire réagir sur un abécédaire maison, adapté à nos questions. La journée s’est révélée passionnante (au moins pour nous) et nous pensions en publier le résultat. Cela n’a pas pu se faire, je livre donc ici le résumé de mes interventions sur des sujets aussi divers que la virtualisation, la surveillance, la neutralisation ou la résistance. Dans les textes qui suivent, j’ai conservé autant que possible l’oralité de ces rencontres. BINC, donc aussi la « convergence » annoncée des nanotechnologies, des biotechnologies, des technologies de l’Information et des sciences cognitives ? Dit aussi « transhumanisme », amélioration voire dépassement de l’humain grâce à la technologie, thème très à la mode, bien que depuis peu et qu’Alain Damasio a travaillé avec une grande acuité critique dans […]


Le contrôle virtuel du territoire 1

Conférence donnée dans le cadre du Festival Signal #5 organisé par le CIFAS (Le Centre international de Formation en Arts du Spectacle de Bruxelles). Elle porte sur la colonisation virtuelle de l’espace physique à travers la maîtrise de « calques » virtuelles déclinant la carte planétaire GPS. L’analyse propose de croiser deux objets, a priori sans rapports, le bracelet électronique GPS d’un côté, et le jeu Pokémon Go, de l’autre.

Page du CIFAS: http://www.cifas.be/fr/

Page de Signal #5 : http://www.cifas.be/fr/workshops/signal-5

Page de la vidéo sur Viméo : https://vimeo.com/185783022


Un athéisme. radical 5. Expérimenter le néant

Oui, mais voilà, les problèmes philosophiques ne sont jamais seulement des problèmes de logique. Le paradoxe dont on veut parler n’est pas simplement langagier, c’est un paradoxe vécu dans la chair. Et c’est ça le sens philosophique du paradoxe : qu’une pensée logiquement contradictoire produise malgré tout des affects qui tendent notre sensibilité au-delà d’elle-même, qui nous fait éprouver ce que l’on ne devrait pas pouvoir éprouver. En elle-même, la proposition « a et non-a » ne pose aucun problème. Au contraire, sa « table de vérité » est l’assise la plus solide que l’on puisse avoir, son résultat est un inébranlable zéro. Rien ici de bouleversant. Mais le problème apparaît lorsque l’on vit cette impossibilité, ou ce zéro, comme une affection avec laquelle rien ne peut se comparer dans l’existence. Le problème, c’est de pouvoir penser sur un certain mode (intuitif) ce que l’on ne peut pas penser sur un autre mode (logique), […]


Un athéisme radical 4. Absolu=néant

Posons que l’absolu n’est pensable que comme néant et le néant comme absolu. L’absolu est ce qui n’est pas relatif, c’est-à-dire ce qui ne peut entrer en relation avec quoi que ce soit. Ne pouvant être mis en relation avec rien sans devenir aussitôt relatif à quelque chose d’autre et donc se dissoudre, l’absolu ne peut pas être caractérisé. Aucun mot, aucune proposition, aucun concept ne peut s’y rapporter. On ne peut comparer son être, sa signification ou sa valeur avec aucune autre chose. De même qu’il est informe, l’absolu est radicalement silencieux et impuissant. Il ne dicte rien (qui s’adresserait alors à quelqu’un d’autre) et ne produit rien (qui serait alors une production de l’absolu). Ni à ni de ne sont absolument pensables. Si l’on cherche ce qu’est l’absolu, on ne peut donc rien répondre. Le néant ne désigne, d’abord, que l’impossibilité radicale de rendre compte de l’absolu et, […]


Un athéisme radical 3. La peur de la mort

La plaie ouverte qui réactive sans cesse la croyance dans l’absolu relatif, c’est la peur de la mort. L’homme est celui qui ne peut pas se contenter de vivre mais redouble ce qui se passe par sa mise en suspens dans une éternité fictive. Paradoxalement, l’intensité de son instinct de survie le pousse à préférer l’arrêt du temps de la vie à son écoulement. Comme « l’infinitisation » dans l’ordre du temps entraîne nécessairement une infinitisation selon toutes les autres dimensions pensables, l’éternité imaginaire bricolée à partir des expériences quotidiennes est érigée comme principe dont ces dernières deviennent tributaires. Il ne faut plus justifier l’infini face au fini dont il est extrapolé mais le fini face à l’infini dont il serait l’émanation. L’éternisation des choses vécues crée une idée transcendante dont cette vie procède et vouloir survivre à tout prix, c’est contracter une dette infinie envers l’absolu qui est la source de […]


Du bon côté du barbelé

Emission Comme un bruit qui court, diffusée sur France Inter le 12 décembre 2015 Partie sur le barbelé près d’un centre de rétention à partir de 19’26, après une partie sur le Camp Climat. On l’appelle « corde du diable », « écharde du souvenir », ou «frontière brûlante » : comment le fil de fer barbelé, outil agricole ingénieux, est-il devenu un outil politique, symbole universel de l’oppression? La crise internationale des migrants a fait réapparaitre le barbelé dans notre paysage médiatique, et des images de personnes massées derrière les barbelés emplissent nos écrans de télévision et les unes des journaux. Des frontières entre la Hongrie et la Serbie, entre la Turquie et la Grèce, entre le Maroc et les enclaves espagnoles de Ceuta et Melilla, en tout, près de 235 km de clôtures barbelées entourent la Forteresse Europe. Mais alors que l’image du barbelé évoquait jusqu’à présent le […]


Rationalité gouvernementale et Institution

 

Interventions dans l’abécédaire sur la violence aux Rencontres Philosophiques d’Uriage en octobre 2015

 

Durée : 40´ 1ère partie

R comme rationalité gouvernementale par Olivier Razac       0 / 6’40

V comme vitalité par Sid Abdellaoui        6’40 / 11’47

S comme soif de sang par Marc Crépon      11’47 / 17’50

I comme institution Olivier Razac      17’50 / 23’51

L comme logos par Evelyne Buissière      23’51 / 30’26

D comme douce violence par Pierre Cellier       30’26 / 36’28

C comme créativité par Sid Abdellaoui      36’28 / 42’

Animé par Anne Eyssidieux-Vaissermann

 


Taser et biopolitique

Premières lignes : Sur le plateau d’une émission de télévision, un animateur, bien connu pour ses tests loufoques d’objets originaux ou high-tech, se livre à la démonstration d’un tir de pistolet à impulsions électriques de marque Taser sur un comparse. Il s’agit d’un programme du dimanche, en public, et le tir s’effectue d’une manière décontractée pour ne pas dire avec une certaine désinvolture. Une explication technique particulièrement sommaire précise qu’il n’y a pas de pyrotechnie et qu’il s’agit juste de deux dards projetés sur la cible. Ces dards étant très petits, ils ne pénètrent pas profondément la peau. Pourtant, « ça va faire un peu mal. Ça fait obligatoirement un peu mal » (…) Article initialement paru dans la revue Chimères, n°74, 2010/3 Télécharger le PDF


La force de l’aporie

Si l’on cherche à savoir ce que peut signifier l’idée d’une philosophie plébéienne, il y a, au moins, deux pistes qu’il faut distinguer clairement. Première piste, est-il question d’une philosophie faite par la plèbe ? Et, si oui, quelle est la nature exacte de cette « plèbe » ? Le sous-prolétariat, pour prendre des termes légèrement surannés, ou la grande majorité des gouvernés par opposition aux gouvernants ou dominants, ou encore, d’une manière certainement plus intéressante, un concept qui permet de distinguer la plèbe, toujours illégitime, et le peuple, qui peut devenir légitime1 ? Deuxième piste, que je vais suivre ici, la notion de philosophie plébéienne désigne une certaine manière de faire de la philosophie (peu importe par qui en termes sociologiques) qui se caractérise par une critique des prétentions à la vérité des discours (prétentions de savoir) et à la légitimité du gouvernement des autres (prétentions de pouvoir) – ces deux prétentions étant systématiquement […]


Faire de la philosophie dans l’Administration pénitentiaire

L’enseignement et la pratique de la philosophie trouvent d’autres lieux que l’enseignement secondaire ou universitaire. En particulier, elle peut être mobilisée ou s’insérer dans des champs d’activité, des champs professionnels très différents. Le problème initial consiste donc à se demander ce que devient la dimension nécessairement critique de la philosophie lorsqu’elle s’articule à des exigences pratiques, professionnelles, bureaucratiques, économiques et politiques. Ce problème, je voudrais l’aborder à partir de mon expérience d’enseignement-chercheur dans une institution bien particulière – l’École nationale d’administration pénitentiaire (Enap). L’Enap, située à Agen, est une école de formation professionnelle accueillant tous les personnels pénitentiaires de France. Elle possède également un centre de recherche qui participe aux enseignements. La question qui se pose dans un tel contexte est de comprendre quels efforts ou quelle inventivité sont nécessaires pour y trouver sa place. Or, je voudrais montrer que si, d’un côté, il est nécessaire d’adapter la démarche philosophique […]


Faire de la philosophie en SEGPA

Socrate1     On peut facilement penser que le collège et plus encore ses Sections d’Enseignement Professionnel Adapté ne sont pas des lieux favorables pour la pratique de la philosophie. Est-il même possible de prétendre faire participer des élèves jeunes en très grande difficulté scolaire à une discipline culturelle de haut niveau qui suppose de nombreux apprentissages ? Or, on ne peut pas se demander : « Qui peut philosopher ? » Sans poser une question plus qu’usée : « Qu’est-ce que la philosophie ? » Ou plutôt pour mieux commencer : « Que se passe-t-il quand on fait de la philosophie ? » Repartons-donc de cette « origine » de la philosophie que l’on place traditionnellement dans le personnage de Socrate. L’activité propre à Socrate, et qui serait comme l’essence de l’attitude philosophique, est le dialogue critique. Un de ses aspects s’appelle la maïeutique, l’art d’accoucher les esprits. La philosophie serait donc d’abord une attitude qui consiste à dialoguer […]


Une critique de l’autorité politique 2. Méthode

Pour préciser le problème de l’autorité politique comme rapport entre le fait de la force et le droit de l’autorisation, il est intéressant de repartir d’un texte classique sur le sujet, un dialogue de Platon, le Gorgias. Le dialogue porte sur la rhétorique, c’est-à-dire l’art de parler pour convaincre. Je ne m’intéresse pas ici au dialogue dans son ensemble mais à un échange particulier entre Socrate et un personnage fascinant qui s’appelle Calliclès. Dans le dialogue, Calliclès représente la « clientèle » des sophistes ; des individus de la classe sociale supérieure qui suivent les cours des sophistes pour l’emporter dans les discussions politiques, en particulier à l’assemblée. Calliclès commence par distinguer la nature et la loi, qu’il reproche à Socrate de confondre, quand c’est lui, en fait, qui va produire la plus grande confusion. Il affirme donc que, selon la nature, il est est juste que le meilleur ait plus que celui […]


Une critique de l’autorité politique 1. Hypothèse

Partons d’une question naïve : pourquoi une puissance ou un pouvoir ne se contente-t-il pas de s’exercer purement et simplement ? Pourquoi s’adjoint-il quasi nécessairement des formes de justification ou de légitimation ? Nous aurions du mal à trouver dans l’Histoire, ou même à penser, une force, une puissance, un pouvoir qui s’exercerait au détriment d’une autre force ou puissance sans affirmer en même temps, d’une manière ou d’une autre, qu’elle a le droit de le faire. Même la violence d’un pouvoir autocratique qui possède une supériorité « physique » décisive s’accompagne de discours de justification, de légitimation, c’est-à-dire de discours qui affirment que cet usage de la force n’est pas « brut », gratuit, arbitraire mais s’appuie sur des raisons qui le fondent, le rendent juste, voire nécessaire. Ces discours peuvent être de tout type : scientifiques (par exemple des théories sur l’inégalité des races justifiant asservissement ou extermination), juridiques en jouant sur le formalisme du droit, géopolitiques […]


Un athéisme radical 2. Tautologie : l’absolu n’est pas relatif est puis c’est tout

Les demi-croyants ont en commun de croire un peu ou de ne pas croire un peu et s’opposent par définition à deux autres possibilités : croire absolument (il faut les chercher) ou ne pas croire absolument (ils ne sont pas plus nombreux). Certainement, dans un premier mouvement un peu naïf, on peut se sentir plus proche de ceux qui croient absolument que des philistins, ne serait-ce que par respect pour leur entièreté éthique. Ceux qui parlent d’absolu auraient plus de facilité à s’entendre qu’avec ceux qui ne peuvent même plus en concevoir l’idée. En fait, cette « intimité » ne fonctionne que d’une manière esthétique. La radicalité se ressemble, les discours sonnent pareillement et les affects qui en découlent séparent du sens commun. En deçà d’un «style » éthique comparable, d’une manière tout à fait superficielle, ou si l’on ne considère pas l’éthique simplement comme une question de style d’existence, […]


Un athéisme radical 1 : Encore un effort !

Ne pas croire en Dieu, quoi de plus banal aujourd’hui. Pas de quoi en faire un plat en tout cas. C’est une opinion parmi d’autres et « la mort de Dieu » est devenue comme une blague éculée que l’on se balance en fin de dîner pour clore la discussion, finalement d’une manière consensuelle. Qui peut s’en scandaliser ? Certainement pas ceux qui nourrissent les statistiques comme « catholiques », la moitié des français selon certains sondages. Seulement une infime part de ceux-là peut prétendre vivre selon une croyance fondamentale en un Dieu absolu. Les autres ont la pensée trop molle et l’existence trop compromise pour faire croire à leur croyance. Il suffit de sonder un peu leur âme dans une discussion pour comprendre à quel point eux-mêmes n’ont pas foi dans leur foi. Tu leur dis « Dieu est mort », ils répondent « Tu exagères » et repartent comme ils sont venus. Au pire, ils peuvent […]


« La prévention de la récidive » ou les conflits de rationalités de la probation française

Résumé : La notion de « prévention de la récidive » apparaît désormais, sinon comme l’alpha et l’oméga de la politique pénale en France, du moins comme un impératif de plus en plus surplombant. C’est particulièrement visible dans les orientations imposées aux Services Pénitentiaires d’Insertion et de Probation (SPIP) ces dernières années. En s’appuyant sur un double ensemble de sources écrites (textes normatifs, brochures, rapports…) et orales (une quarante d’entretiens avec des professionnels), cet article propose d’abord un repérage distinguant six rationalités structurantes du champ de la probation française. Sur cette base, il entend ensuite montrer que l’usage institutionnel de la « prévention de la récidive » a pour effet de recouvrir les contradictions et torsions qu’implique l’articulation de registres d’action hétérogènes. Il soutient alors la thèse selon laquelle cette notion non seulement ne produit qu’une clarification rhétorique des missions, qui nourrit plus qu’elle ne résout la confusion des pratiques, mais permet surtout de faire […]


L’hydre pénale à trois têtes

Premières lignes : Une faiblesse de la pensée, en particulier de la pensée critique, consiste à considérer les choses d’une manière binaire : c’est soi ça, soit ça. C’est en particulier le cas quand on essaie de comprendre comment fonctionnent les rationalités qui façonnent la manière dont se produit le savoir ou s’exerce le pouvoir. L’idée simpliste qui prévaut comme un réflexe est qu’il ne peut y avoir qu’une seule rationalité à la fois, une seule rationalité qui caractérise un dispositif, une institution ou notre époque  […] Article publié dans la revue Multitudes, 51, printemps 2013 Lien vers la page (Commentaire : Le titre n’est pas idéal. l’éclectisme des rationalités pénales n’est pas qu’à trois têtes mais à x têtes. Pour ça, voir la recherche Les rationalités de la probation française)  


Les rationalités de la probation française

Résumé : Depuis une vingtaine d’années, le champ de la probation française a connu des changements rapides, rythmés par une diversification des mesures pénales, une augmentation de la population suivie, mais aussi une série de textes réglementaires modifiant l’organisation des services et tentant de préciser, voire de redéfinir, la nature des missions. Cette évolution ne s’est pas déroulée sans provoquer des conflits révélateurs d’un problème de fond, qui réside dans la multiplicité des registres d’action que les conseillers pénitentiaires d’insertion et de probation doivent manipuler dans les prises en charge. On peut diagnostiquer que cet éclectisme des pratiques pose à la fois des problèmes théoriques, éthiques et politiques, relatifs à la maîtrise des différentes connaissances nécessaires, à la pluralité des positionnements relationnels et à celle des formes de légitimation. Cette recherche tente ainsi de définir le plus rigoureusement possible les rationalités qui structurent le fonctionnement de la probation française de […]


Utopies banales

Résumé : L’utopie est classiquement une pensée religieuse où il s’agit de résister vers… un idéal transcendant que justement on n’atteindra jamais, nous condamnant ainsi à l’impuissance et les lamentations. Or, dans les « sociétés de contrôle », notre vie entière est gouvernée à la gestion, dans une ambivalence permanente entre sécurité, confort et coercition, frustration… D’où la nécessité d’une autre pensée de l’utopie qui parte du présent, de la manière effective dont nous sommes gouvernés. L’utopie consiste alors à résister à… en créant des espaces-temps différentiels échappant à la gestion. Ultimement, dans la mesure où l’on ne pense plus en fonction d’un dehors mais dans l’immanence même du pouvoir qui nous enserrent autant que l’on y participe, l’utopie peut se diffracter en un résister dans…, grignotant sans cesse les conditions de l’ordre établi. Accéder au texte sur le site web/revue additionaldocument Ce texte fait suite à La gestion de la perméabilité


La gestion de la perméabilité

Résumé : Les réflexions sur l’évolution de l’exercice spatial du pouvoir risquent toujours d’être rabattues sur une opposition binaire entre deux options, à la fois réelles et exclusives : la fortification des délimitations et la gestion des circulations. Pour dépasser cette antinomie, cet article propose une modélisation plus complexe des phénomènes de virtualisation des délimitations centrée sur la figure du checkpoint. L’enjeu de cette modélisation est aussi directement politique dans la mesure où cette « gestion de la perméabilité » implique des formes de résistance spécifiques, qui ne correspondent pas au geste classique de la transgression de la limite. Accéder au texte sur la revue L’espace politique Ce texte est complété par Utopies banales


Une philosophie plébéienne 12

La philosophie reste largement une pratique autoritaire au service de l’autorité. On peut même penser qu’elle régresse, en particulier à l’Université, vers cette « origine » platonicienne. C’est pourquoi il nous faut reprendre sans cesse, chacun pour notre compte et tous ensemble, la production d’une philosophie qu’un Nietzsche appelait « inactuelle » ou « intempestive » et que Foucault a pratiqué dans un souci critique de « l’actuel ». « Il appartient à la philosophie moderne de surmonter l’alternative temporel-intemporel, historique-éternel, particulier-universel. À la suite de Nietzsche, nous découvrons l’intempestif comme plus profond que le temps et l’éternité : la philosophie n’est ni philosophie de l’histoire, ni philosophie de l’éternel, mais intempestive, toujours et seulement intempestive, c’est-à-dire contre ce temps, en faveur, je l’espère d’un temps à venir. » La philosophie de l’histoire et de l’éternité est finalement une philosophie qui fait remonter le temps présent à un fondement absolu et/ou le subordonne à une finalité absolue. De ce point de […]


La surveillance électronique : un renouveau de l’utopie panoptique

Résumé : Le Placement sous surveillance électronique mobile (PSEM) a été institué en France par la loi du 12 décembre 2005. Il a été présenté comme une rupture avec le modèle carcéral dans la mesure où il repose sur une géolocalisation des individus. Il permettrait ainsi d’effectuer les fonctions classiques de la peine : protéger la société, corriger les individus, favoriser leur réinsertion, sans les enfermer. Or, non seulement la surveillance électronique s’ajoute partout à l’architecture pénitentiaire. Mais, surtout,cette surveillance s’inscrit dans la continuité de l’utopie architecturale du Panopticon de Bentham, dans la mesure où il avait déjà pour finalité de «rendre inutile l’usage des fers ». L’analyse de la surveillance électronique montre qu’elle effectue d’une manière inédite les fonctions du Panopticon : assurer « l’omniprésence apparente de l’inspecteur » en permettant artificiellement sa « présence réelle ». Elle montre également qu’à côté des murs qui continuent de se construire […]


Le nouvel espace carcéral : lèpre, peste, variole

Résumé : Le placement sous surveillance électronique mobile (PSEM) est une des obligations possibles des nouvelles mesures de sûreté. Il permet un contrôle des déplacements en milieu ouvert grâce à l’association des technologies GPS et GSM. Il a pu être ainsi présenté comme en rupture avec la conception classique de l’espace pénal et, en particulier, carcéral. Avec le PSEM, tout se passe comme si l’on n’avait plus besoin d’enfermer les individus les plus dangereux pour protéger la société et prévenir la récidive. Et pourtant, cet enfermement virtualisé (qui n’est pas une virtualisation de l’enfermement) repose sur les caractéristiques de l’espace carcéral du 19e siècle. Espace que Foucault décrit comme la superposition paradoxale des modèles de la lèpre et de la peste. A ces deux modèles, la géolocalisation pénale ajoute la traçabilité qui correspond au troisième modèle foucaldien d’exercice du pouvoir, moins connu, de la variole. Voilà ce que nous devons […]


L’utilisation des armes de neutralisation momentanée en prison

Résumé : Les services de sécurité utilisent de plus en plus un matériel intermédiaire entre les armes à feu et la négociation ou l’intervention physique simple. Le personnel pénitentiaire n’échappe pas à cette évolution et a été doté depuis une quinzaine d’années de combinaisons d’intervention et de matraques, de gaz incapacitants et de munitions dites non-létales. La suite logique serait la dotation en matériel de dernière génération, en particulier des pistolets à impulsions électriques. Cette hypothèse est au coeur de ce travail d’enquête auprès des formateurs de l’Ecole nationale d’administration pénitentiaire. Cette évolution pose des questions proprement pénitentiaires, en termes opérationnels et éthiques, mais elle éclaire également le phénomène général d’un pouvoir répressif utilisant de plus en plus des méthodes de neutralisation. Loin du débat insuffisant sur la réalité de la « non-létalité » de ces armes, cette enquête vise à problématiser le pouvoir de neutralisation en tant que tel, c’est-à-dire cette […]


Mesures de sûreté et travail social pénitentiaire. Le cas du placement sous surveillance électronique mobile

Résumé : Le travail des conseillers pénitentiaires d’insertion et de probation connaît actuellement des transformations importantes illustrées, en particulier, par une réorganisation des services autour des nouvelles technologies, d’une approche criminologique et d’un management par objectifs. C’est dans ce contexte que le placement sous surveillance électronique mobile (PSEM) s’est mis en place depuis 2006. Doublement innovant, par ses caractéristiques techniques et le cadre des mesures de sûreté dans lequel il s’inscrit, le PSEM révèle avec force les ambiguïtés de la recomposition du champ de la probation en France. Accéder au texte sur le site de la revue Champ pénal/Penal Field


Sur le film Hunger, ou la question des prisonniers politiques en démocratie

Résumé : Le film Hunger de Steve McQueen attire l’attention du spectateur par son esthétique fascinante. Il s’agit pourtant également d’un grand film de philosophie politique. En traitant de la résistance des prisonniers de l’IRA en 1981 et de la grève de la faim fatale de Bobby Sands, il livre une réflexion précieuse sur la question des prisonniers politiques en démocratie. Plus profondément, il met en scène les ambiguïtés des jeux entre le pouvoir et la résistance dans les démocraties consensuelles et biopolitiques. Accéder au texte sur le site de la revue Appareil


La transcendance qui ne dit rien

Résumé : L’athéisme n’est pas une chose facile. On peut bien dire qu’on ne croit plus en tel ou tel dieu, on continue à penser et à vivre en fonction de l’Eternel. Parce que l’Eternel est une production du type humain. Une sale manie d’éterniser le temps relatif des choses vécues dans une figure hors du temps et du monde. Parce que l’homme est celui qui ne veut pas mourir. Qui ne veut pas penser que vivre et mourir sont la même chose. Pourquoi, dès lors, combattre cette manie consolatrice ? Pour en finir avec le jugement, c’est-à-dire la hiérarchisation infinie des choses selon le principe de l’Eternel. La pensée du néant nous permet d’être saisis par l’absolue relativité des choses. Ce paradoxe vécu dans la chair est aussi vital qu’intenable ? C’est toujours mieux que le déni mortifère de la superstition. Lire la suite Télécharger le PDF


Le placement sous surveillance électronique mobile : un nouveau modèle pénal ?

Résumé : Le Placement sous surveillance électronique mobile (PSEM) a été créé par la loi du 12 décembre 2005 relative au traitement de la récidive des infractions pénales. Il présente d’emblée une double nouveauté : technique parce qu’il repose sur une technologie de géolocalisation (GPS) et juridique parce qu’il s’inscrit dans le renouveau des mesures de sûreté. Il s’agit donc de savoir jusqu’à quel point il représente une rupture de notre modèle pénal. Plus précisément, le PSEM semble s’adresser à un personnage très différent du sujet pénal classique, ni sujet responsable de ses choix, ni objet responsable de son anormalité, ce nouveau personnage est un sujet qui doit prendre en charge sa dangerosité objective. Ensuite, cette surveillance électronique produit un nouvel espace-temps pénal, celui d’une traçabilité permanente pour un temps indéterminé. Enfin, le PSEM révèle avec force les lignes de tension d’un travail social pénitentiaire dans sa reconversion en probation sécuritaire. […]


La dépersonnalisation, éthique et politique

Résumé : Les combats politiques continuent massivement d’être captés par la figure de l’Etat et surtout pour en revendiquer l’amélioration. En 1978, Foucault annonçait pourtant des formes de résistance différentes, comme dissolutions créatrices et microscopiques de l’état des choses. Un des points essentiels de ce déplacement des résistances implique un lien intime entre éthique et politique dans la mesure où la gouvernementalité moderne passe par des aller-retour incessants qui lient l’individu à la masse et produisent la masse à partir des individus. Le nœud de ce processus de normalisation est la personnalité comme structure réglée de l’existence individuelle. Tout déplacement politique suppose donc un mouvement de déprise de soi comme structure de personnalité, une dépersonnalisation. Et cela est tout aussi vrai pour les personnalisations militantes vécues comme subversives. Ne plus croire en la nécessité de ce que nous sommes censés être mais dans notre pouvoir de nous changer nous-mêmes. Une version […]


L’écran et le zoo. Spectacle et domestication, des expositions coloniales à la télé-réalité

Résumé : Le spectacle est de plus en plus un spectacle de la réalité. Pas seulement dans les émissions les plus voyantes et controversées comme les différents avatars de Big Brother. Mais aussi dans les reportages dits d’information, les actualités et même les fictions qui se complaisent dans une rumination du banal. Surtout, le problème de cette évolution médiatique ne doit pas être rabattu sur la question morale ou politique du contenu, comme s’il suffisait de véhiculer de bons modèles pour clore la question. Ce qu’il faut analyser, ce n’est pas ce qui est diffusé mais un mode spécifique de diffusion, afin de comprendre les effets spécifiques que cette diffusion peut avoir. Or, le spectacle de la réalité fonctionne comme un zoo, il prend essentiellement la forme d’un spectacle zoologique, animalier ou humain. Aucune provocation dans le choix de ce modèle, mais une comparaison heuristique. Le zoo, comme dispositif spectaculaire, est caractérisé […]


Page d’écueil 2

Blaise Cendrars raconte quelque part qu’il traînait l’hiver dans la Bibliothèque nationale avec le poète Pierre Reverdy, surtout parce que la salle était chauffée. Etrange fétichiste du livre, Cendrars se rappelle le sentiment d’étouffement qu’éprouvait Reverdy devant cet entassement de livres. Sentiment qui lui donnait envie de creuser les rayons avec ses ongles comme une taupe pour trouer le papier vers l’air frais et la lumière. Pour mon compte, j’irais jusqu’à évoquer le dégoût croissant devant les étals des librairies où se vautrent la multitude changeante, et pourtant toujours la même, des volumes faisandés de la vie intellectuelle ou artistique. Surtout, le dégoût d’en avoir été, d’en être encore, et sûrement pas pour la dernière fois, même si c’est en général dans un coin et pas pour très longtemps. Alors, ajouter un site internet aux millions d’autres, n’est-ce pas pire encore ? Et pour y mettre quoi ? Des textes épuisés, […]