Un athéisme radical


Un athéisme radical 6. La mort comme ascèse

La pensée de l’absolu=néant est indissociable d’une expérience paradoxale, celle de sa propre disparition. L’expérience de la mort est le premier accès métaphorique à la pensée du néant. Là-aussi, toute une tradition éthique a fermé la porte de cette expérience par un argument logique: la mort n’est rien, je suis quelque chose, quelque chose ne peut pas être rien, donc je ne peux pas expérimenter la mort, elle n’est rien pour moi. Magnifique. Et pourtant, nous savons tous que nous allons mourir et cela ne nous laisse pas indifférents. Que celui pour qui ce n’est pas le cas arrête sa lecture maintenant. Nous sommes très contents pour lui et ne voulons surtout pas gâcher son bonheur. La mort n’est rien pour nous, argument abstrait détestable qui nous prive de notre plus haute puissance (dont la beauté est d’être aussi la plus banale) sous prétexte de nous rendre la vie plus […]


Un athéisme. radical 5. Expérimenter le néant

Oui, mais voilà, les problèmes philosophiques ne sont jamais seulement des problèmes de logique. Le paradoxe dont on veut parler n’est pas simplement langagier, c’est un paradoxe vécu dans la chair. Et c’est ça le sens philosophique du paradoxe : qu’une pensée logiquement contradictoire produise malgré tout des affects qui tendent notre sensibilité au-delà d’elle-même, qui nous fait éprouver ce que l’on ne devrait pas pouvoir éprouver. En elle-même, la proposition « a et non-a » ne pose aucun problème. Au contraire, sa « table de vérité » est l’assise la plus solide que l’on puisse avoir, son résultat est un inébranlable zéro. Rien ici de bouleversant. Mais le problème apparaît lorsque l’on vit cette impossibilité, ou ce zéro, comme une affection avec laquelle rien ne peut se comparer dans l’existence. Le problème, c’est de pouvoir penser sur un certain mode (intuitif) ce que l’on ne peut pas penser sur un autre mode (logique), […]


Un athéisme radical 4. Absolu=néant

Posons que l’absolu n’est pensable que comme néant et le néant comme absolu. L’absolu est ce qui n’est pas relatif, c’est-à-dire ce qui ne peut entrer en relation avec quoi que ce soit. Ne pouvant être mis en relation avec rien sans devenir aussitôt relatif à quelque chose d’autre et donc se dissoudre, l’absolu ne peut pas être caractérisé. Aucun mot, aucune proposition, aucun concept ne peut s’y rapporter. On ne peut comparer son être, sa signification ou sa valeur avec aucune autre chose. De même qu’il est informe, l’absolu est radicalement silencieux et impuissant. Il ne dicte rien (qui s’adresserait alors à quelqu’un d’autre) et ne produit rien (qui serait alors une production de l’absolu). Ni à ni de ne sont absolument pensables. Si l’on cherche ce qu’est l’absolu, on ne peut donc rien répondre. Le néant ne désigne, d’abord, que l’impossibilité radicale de rendre compte de l’absolu et, […]


Un athéisme radical 3. La peur de la mort

La plaie ouverte qui réactive sans cesse la croyance dans l’absolu relatif, c’est la peur de la mort. L’homme est celui qui ne peut pas se contenter de vivre mais redouble ce qui se passe par sa mise en suspens dans une éternité fictive. Paradoxalement, l’intensité de son instinct de survie le pousse à préférer l’arrêt du temps de la vie à son écoulement. Comme « l’infinitisation » dans l’ordre du temps entraîne nécessairement une infinitisation selon toutes les autres dimensions pensables, l’éternité imaginaire bricolée à partir des expériences quotidiennes est érigée comme principe dont ces dernières deviennent tributaires. Il ne faut plus justifier l’infini face au fini dont il est extrapolé mais le fini face à l’infini dont il serait l’émanation. L’éternisation des choses vécues crée une idée transcendante dont cette vie procède et vouloir survivre à tout prix, c’est contracter une dette infinie envers l’absolu qui est la source de […]


Un athéisme radical 2. Tautologie : l’absolu n’est pas relatif est puis c’est tout

Les demi-croyants ont en commun de croire un peu ou de ne pas croire un peu et s’opposent par définition à deux autres possibilités : croire absolument (il faut les chercher) ou ne pas croire absolument (ils ne sont pas plus nombreux). Certainement, dans un premier mouvement un peu naïf, on peut se sentir plus proche de ceux qui croient absolument que des philistins, ne serait-ce que par respect pour leur entièreté éthique. Ceux qui parlent d’absolu auraient plus de facilité à s’entendre qu’avec ceux qui ne peuvent même plus en concevoir l’idée. En fait, cette « intimité » ne fonctionne que d’une manière esthétique. La radicalité se ressemble, les discours sonnent pareillement et les affects qui en découlent séparent du sens commun. En deçà d’un «style » éthique comparable, d’une manière tout à fait superficielle, ou si l’on ne considère pas l’éthique simplement comme une question de style d’existence, […]


Un athéisme radical 1 : Encore un effort !

Ne pas croire en Dieu, quoi de plus banal aujourd’hui. Pas de quoi en faire un plat en tout cas. C’est une opinion parmi d’autres et « la mort de Dieu » est devenue comme une blague éculée que l’on se balance en fin de dîner pour clore la discussion, finalement d’une manière consensuelle. Qui peut s’en scandaliser ? Certainement pas ceux qui nourrissent les statistiques comme « catholiques », la moitié des français selon certains sondages. Seulement une infime part de ceux-là peut prétendre vivre selon une croyance fondamentale en un Dieu absolu. Les autres ont la pensée trop molle et l’existence trop compromise pour faire croire à leur croyance. Il suffit de sonder un peu leur âme dans une discussion pour comprendre à quel point eux-mêmes n’ont pas foi dans leur foi. Tu leur dis « Dieu est mort », ils répondent « Tu exagères » et repartent comme ils sont venus. Au pire, ils peuvent […]