Le nouvel espace carcéral : lèpre, peste, variole


Résumé : Le placement sous surveillance électronique mobile (PSEM) est une des obligations possibles des nouvelles mesures de sûreté. Il permet un contrôle des déplacements en milieu ouvert grâce à l’association des technologies GPS et GSM. Il a pu être ainsi présenté comme en rupture avec la conception classique de l’espace pénal et, en particulier, carcéral. Avec le PSEM, tout se passe comme si l’on n’avait plus besoin d’enfermer les individus les plus dangereux pour protéger la société et prévenir la récidive.

Et pourtant, cet enfermement virtualisé (qui n’est pas une virtualisation de l’enfermement) repose sur les caractéristiques de l’espace carcéral du 19e siècle. Espace que Foucault décrit comme la superposition paradoxale des modèles de la lèpre et de la peste. A ces deux modèles, la géolocalisation pénale ajoute la traçabilité qui correspond au troisième modèle foucaldien d’exercice du pouvoir, moins connu, de la variole.

Voilà ce que nous devons vivre et penser, non pas le fantasme hightech d’un contrôle insensible des flux, mais la reconfiguration postmoderne des formes archaïques du pouvoir qui en permet l’extension et la pérennité.

Cet article a initialement paru dans les Cahiers de la sécurité, n°12, avril-juin 2010. L’occasion d’évoquer la participation à cette revue « gouvernementale » (et même pire que ça). Trois choses. D’abord, il n’y a pas de raisons de se censurer soi-même a priori sur l’endroit où l’on publie. Si quelqu’un doit effectuer une censure, c’est à eux de le faire, aucun lieu de publication ne nous est interdit (et je n’ai pas peur d’une quelconque « contamination »). D’autant plus que, deuxièmement, j’ai écrit ce que j’ai voulu. Troisièmement, ce dossier sur la prison n’est pas si mal (voir l’article d’Antoinette Chauvenet)

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A propos Razac

Après des études de philosophie à l'Université Paris 8 dans les années 90 et une période de production d'essais de philosophie politique sur des objets contemporains (le barbelé et la délimitation de l'espace, le zoo et le spectacle de la réalité, la médecine et la "grande santé"). J'ai travaillé pendant huit ans comme enseignant-chercheur au sein de l'Administration Pénitentiaire. C'est dans cette institution disciplinaire que j'ai compris ce que pouvait signifier pour moi la pratique de la philosophie, c'est-à-dire une critique des rationalités de gouvernement à partir des pratiques et dans une perspective résolument anti-autoritaire. Depuis 2014, j'ai intégré l'université de Grenoble comme maître de conférences en philosophie. Je travaille sur la question de l'autorité politique, sur les notions de société du spectacle et de société du contrôle. J'essaie également de porter, avec les étudiants, des projets de philosophie appliquée déconstruisant les pratiques de pouvoir. Enfin, nous tentons de faire vivre un réseau de "philosophie plébéienne", anti-patricienne donc, mais aussi en recherche de relations avec tous nos camarades artisans de la critique sociale.

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