L’écran et le zoo. Spectacle et domestication, des expositions coloniales à la télé-réalité


Résumé : Le spectacle est de plus en plus un spectacle de la réalité. Pas seulement dans les émissions les plus voyantes et controversées comme les différents avatars de Big Brother. Mais aussi dans les reportages dits d’information, les actualités et même les fictions qui se complaisent dans une rumination du banal.
Surtout, le problème de cette évolution médiatique ne doit pas être rabattu sur la question morale ou politique du contenu, comme s’il suffisait de véhiculer de bons modèles pour clore la question.
Ce qu’il faut analyser, ce n’est pas ce qui est diffusé mais un mode spécifique de diffusion, afin de comprendre les effets spécifiques que cette diffusion peut avoir.

Or, le spectacle de la réalité fonctionne comme un zoo, il prend essentiellement la forme d’un spectacle zoologique, animalier ou humain. Aucune provocation dans le choix de ce modèle, mais une comparaison heuristique. Le zoo, comme dispositif spectaculaire, est caractérisé par la production artificielle de spécimens de normalité placés sur le même plan de réalité que le spectateur. De ce fait, il produit des boucles mimétiques du réel vers le réel via sa représentation dont l’effet principal est une domestication insensible de l’exposé et de celui qui le regarde.

Face à cette domestication, l’éthique comme morale est impuissante puisqu’elle ne peut discuter que de l’acceptabilité des stéréotypes. Devant la production industrielle de stéréotypes, d’êthos domestiqués, il faut réactiver une éthique de l’ensauvagement par défiguration de ce qui nous constitue tels que nous sommes censés être.

Ce livre a été écrit en 2001 et publié en 2002 aux éditions Denoël. A cette époque, l’émission Loft story attirait tous les commentaires, c’est pourquoi elle s’était glissée dans le sous-titre (« Spectacle et domestication. Des expositions coloniales à Loft Story »). Le livre est aujourd’hui épuisé et je suis bien content de le mettre à disposition en retirant ce titre racoleur. Il paraît que ça fait vendre…

Le livre s’accompagne de son épilogue « Gestes sauvages », inédit et diffusé ici séparément.

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A propos Razac

Après des études de philosophie à l'Université Paris 8 dans les années 90 et une période de production d'essais de philosophie politique sur des objets contemporains (le barbelé et la délimitation de l'espace, le zoo et le spectacle de la réalité, la médecine et la "grande santé"). J'ai travaillé pendant huit ans comme enseignant-chercheur au sein de l'Administration Pénitentiaire. C'est dans cette institution disciplinaire que j'ai compris ce que pouvait signifier pour moi la pratique de la philosophie, c'est-à-dire une critique des rationalités de gouvernement à partir des pratiques et dans une perspective résolument anti-autoritaire. Depuis 2014, j'ai intégré l'université de Grenoble comme maître de conférences en philosophie. Je travaille sur la question de l'autorité politique, sur les notions de société du spectacle et de société du contrôle. J'essaie également de porter, avec les étudiants, des projets de philosophie appliquée déconstruisant les pratiques de pouvoir. Enfin, nous tentons de faire vivre un réseau de "philosophie plébéienne", anti-patricienne donc, mais aussi en recherche de relations avec tous nos camarades artisans de la critique sociale.

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