Un athéisme radical 3. La peur de la mort


La plaie ouverte qui réactive sans cesse la croyance dans l’absolu relatif, c’est la peur de la mort. L’homme est celui qui ne peut pas se contenter de vivre mais redouble ce qui se passe par sa mise en suspens dans une éternité fictive. Paradoxalement, l’intensité de son instinct de survie le pousse à préférer l’arrêt du temps de la vie à son écoulement. Comme « l’infinitisation » dans l’ordre du temps entraîne nécessairement une infinitisation selon toutes les autres dimensions pensables, l’éternité imaginaire bricolée à partir des expériences quotidiennes est érigée comme principe dont ces dernières deviennent tributaires. Il ne faut plus justifier l’infini face au fini dont il est extrapolé mais le fini face à l’infini dont il serait l’émanation. L’éternisation des choses vécues crée une idée transcendante dont cette vie procède et vouloir survivre à tout prix, c’est contracter une dette infinie envers l’absolu qui est la source de toute vie : l’éternel comme immobilisation formelle des choses vécues, Dieu comme universalisation de l’empirique dans une idée générale abstraite. Dès lors, on comprend mieux comment la puissance tout à fait finie d’imaginer produit une idée impure de la transcendance qui reste fortement liée à ce dont elle n’est qu’une sublimation, ce que dont on devrait être pénétrés, au moins, depuis Feuerbach. Cette idée reste remplie du relatif dont elle n’est qu’une représentation imaginaire, même dans ses prétentions conceptuelles. Et, en effet, cette transcendance est étrangement remplie par des images et des messages pour quelque chose d’absolu. L’absolu qui commande de laisser tranquille la femme de son voisin, on n’a jamais rien entendu d’aussi drôle. Comment ne pas voir à quel point l’idée de Dieu est encore mesquine à l’aune de l’absolu ? C’est pourquoi, ne pouvant se contenter d’un Dieu barbu et ne pouvant pas non plus se débarrasser de l’absolu, l’athéisme doit plutôt s’efforcer d’en saisir l’idée la plus radicale.

(à suivre)

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A propos Razac

Après des études de philosophie à l'Université Paris 8 dans les années 90 et une période de production d'essais de philosophie politique sur des objets contemporains (le barbelé et la délimitation de l'espace, le zoo et le spectacle de la réalité, la médecine et la "grande santé"). J'ai travaillé pendant huit ans comme enseignant-chercheur au sein de l'Administration Pénitentiaire. C'est dans cette institution disciplinaire que j'ai compris ce que pouvait signifier pour moi la pratique de la philosophie, c'est-à-dire une critique des rationalités de gouvernement à partir des pratiques et dans une perspective résolument anti-autoritaire. Depuis 2014, j'ai intégré l'université de Grenoble comme maître de conférences en philosophie. Je travaille sur la question de l'autorité politique, sur les notions de société du spectacle et de société du contrôle. J'essaie également de porter, avec les étudiants, des projets de philosophie appliquée déconstruisant les pratiques de pouvoir. Enfin, nous tentons de faire vivre un réseau de "philosophie plébéienne", anti-patricienne donc, mais aussi en recherche de relations avec tous nos camarades artisans de la critique sociale.

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