L’utilisation des armes de neutralisation momentanée en prison


Résumé : Les services de sécurité utilisent de plus en plus un matériel intermédiaire entre les armes à feu et la négociation ou l’intervention physique simple.
Le personnel pénitentiaire n’échappe pas à cette évolution et a été doté depuis une quinzaine d’années de combinaisons d’intervention et de matraques, de gaz incapacitants et de munitions dites non-létales.
La suite logique serait la dotation en matériel de dernière génération, en particulier des pistolets à impulsions électriques. Cette hypothèse est au coeur de ce travail d’enquête auprès des formateurs de l’Ecole nationale d’administration pénitentiaire.

Cette évolution pose des questions proprement pénitentiaires, en termes opérationnels et éthiques, mais elle éclaire également le phénomène général d’un pouvoir répressif utilisant de plus en plus des méthodes de neutralisation.
Loin du débat insuffisant sur la réalité de la « non-létalité » de ces armes, cette enquête vise à problématiser le pouvoir de neutralisation en tant que tel, c’est-à-dire cette possibilité nouvelle d’une légitimation de la répression par l’innocuité d’une neutralisation à l’efficacité inédite.

Ce travail de recherche a été mené au sein du Centre interdisciplinaire de recherche appliquée au champ pénitentiaire (CIRAP) dans l’Ecole nationale d’administration pénitentiaire (ENAP) en 2007. Il repose en particulier sur des entretiens menés avec des formateurs de tir et d’intervention physique.
L’objectif était de problématiser le développement des techniques de neutralisation à partir du discours des professionnels et non pas d’a priori critiques. Toute la difficulté était de se tenir sur le fil entre fidélité à la parole reçue et radicalité de la problématisation. Au lecteur de juger…

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A propos Razac

Après des études de philosophie à l'Université Paris 8 dans les années 90 et une période de production d'essais de philosophie politique sur des objets contemporains (le barbelé et la délimitation de l'espace, le zoo et le spectacle de la réalité, la médecine et la "grande santé"). J'ai travaillé pendant huit ans comme enseignant-chercheur au sein de l'Administration Pénitentiaire. C'est dans cette institution disciplinaire que j'ai compris ce que pouvait signifier pour moi la pratique de la philosophie, c'est-à-dire une critique des rationalités de gouvernement à partir des pratiques et dans une perspective résolument anti-autoritaire. Depuis 2014, j'ai intégré l'université de Grenoble comme maître de conférences en philosophie. Je travaille sur la question de l'autorité politique, sur les notions de société du spectacle et de société du contrôle. J'essaie également de porter, avec les étudiants, des projets de philosophie appliquée déconstruisant les pratiques de pouvoir. Enfin, nous tentons de faire vivre un réseau de "philosophie plébéienne", anti-patricienne donc, mais aussi en recherche de relations avec tous nos camarades artisans de la critique sociale.

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