Un athéisme radical 2. Tautologie : l’absolu n’est pas relatif est puis c’est tout


Les demi-croyants ont en commun de croire un peu ou de ne pas croire un peu et s’opposent par définition à deux autres possibilités : croire absolument (il faut les chercher) ou ne pas croire absolument (ils ne sont pas plus nombreux). Certainement, dans un premier mouvement un peu naïf, on peut se sentir plus proche de ceux qui croient absolument que des philistins, ne serait-ce que par respect pour leur entièreté éthique. Ceux qui parlent d’absolu auraient plus de facilité à s’entendre qu’avec ceux qui ne peuvent même plus en concevoir l’idée. En fait, cette « intimité » ne fonctionne que d’une manière esthétique. La radicalité se ressemble, les discours sonnent pareillement et les affects qui en découlent séparent du sens commun. En deçà d’un «style » éthique comparable, d’une manière tout à fait superficielle, ou si l’on ne considère pas l’éthique simplement comme une question de style d’existence, tout sépare ceux qui croient en l’absolu et ceux qui ne croient pas d’une manière absolue. Pour l’athée radical, la conception de l’absolu de ceux qui croient en Dieu est impure, beaucoup trop relative encore, peu importe la ferveur de leur foi. Et c’est bien pire, finalement, de croire absolument en une idée relative que de croire à moitié à des choses relatives. Un Dieu créateur est relatif à sa créature, un Dieu qui parle est relatif à celui qui entend et un Dieu qui commande est relatif à ses sujets. Inversement, qu’est-ce que ce Dieu hyperactif, bavard et autoritaire, placé au sommet des cieux, si ce n’est une projection de la « créature » ? Tout ces arguments sont de l’ordre de l’évidence logique et pourtant il faut toujours les réactiver parce que l’absolu relatif se reforme sans cesse comme une seconde peau sur une plaie ouverte.

(à suivre)

Télécharger le PDF


A propos Razac

Après des études de philosophie à l'Université Paris 8 dans les années 90 et une période de production d'essais de philosophie politique sur des objets contemporains (le barbelé et la délimitation de l'espace, le zoo et le spectacle de la réalité, la médecine et la "grande santé"). J'ai travaillé pendant huit ans comme enseignant-chercheur au sein de l'Administration Pénitentiaire. C'est dans cette institution disciplinaire que j'ai compris ce que pouvait signifier pour moi la pratique de la philosophie, c'est-à-dire une critique des rationalités de gouvernement à partir des pratiques et dans une perspective résolument anti-autoritaire. Depuis 2014, j'ai intégré l'université de Grenoble comme maître de conférences en philosophie. Je travaille sur la question de l'autorité politique, sur les notions de société du spectacle et de société du contrôle. J'essaie également de porter, avec les étudiants, des projets de philosophie appliquée déconstruisant les pratiques de pouvoir. Enfin, nous tentons de faire vivre un réseau de "philosophie plébéienne", anti-patricienne donc, mais aussi en recherche de relations avec tous nos camarades artisans de la critique sociale.

Laissez un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *