Le placement sous surveillance électronique mobile : un nouveau modèle pénal ?


Résumé : Le Placement sous surveillance électronique mobile (PSEM) a été créé par la loi du 12 décembre 2005 relative au traitement de la récidive des infractions pénales. Il présente d’emblée une double nouveauté : technique parce qu’il repose sur une technologie de géolocalisation (GPS) et juridique parce qu’il s’inscrit dans le renouveau des mesures de sûreté. Il s’agit donc de savoir jusqu’à quel point il représente une rupture de notre modèle pénal. Plus précisément, le PSEM semble s’adresser à un personnage très différent du sujet pénal classique, ni sujet responsable de ses choix, ni objet responsable de son anormalité, ce nouveau personnage est un sujet qui doit prendre en charge sa dangerosité objective. Ensuite, cette surveillance électronique produit un nouvel espace-temps pénal, celui d’une traçabilité permanente pour un temps indéterminé. Enfin, le PSEM révèle avec force les lignes de tension d’un travail social pénitentiaire dans sa reconversion en probation sécuritaire. Au final, cette mesure, pour l’instant peu utilisée, éclaire les ambiguïtés de notre actualité pénale, à la fois postmoderne et archaïque.

 Ce texte est le résultat d’une recherche menée pendant deux années au sein du Centre interdisciplinaire de recherche appliquée au champ pénitentiaire (CIRAP) qui fait partie de l’Ecole nationale d’administration pénitentiaire.

Il s’agit d’un texte particulier que j’ai qualifié « d’enquête de philosophie pénale ». Une enquête « philosophique », c’est déjà assez étrange, et de « philosophie pénale », encore plus. Pourtant, je crois à la fertilité du croisement entre un travail conceptuel sur l’évolution des catégories pénales et une enquête de terrain sur le fonctionnement d’un dispositif très précis, exemplaire des évolutions sécuritaires récentes.

Finalement, malgré l’inscription institutionnelle très particulière de ce centre de recherche, j’ai pu, je crois, écrire ce que j’ai pu et voulu. Grâce, en particulier, à l’indépendance de pensée des travailleurs sociaux pénitentiaires que j’ai rencontrés.

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A propos Razac

Après des études de philosophie à l'Université Paris 8 dans les années 90 et une période de production d'essais de philosophie politique sur des objets contemporains (le barbelé et la délimitation de l'espace, le zoo et le spectacle de la réalité, la médecine et la "grande santé"). J'ai travaillé pendant huit ans comme enseignant-chercheur au sein de l'Administration Pénitentiaire. C'est dans cette institution disciplinaire que j'ai compris ce que pouvait signifier pour moi la pratique de la philosophie, c'est-à-dire une critique des rationalités de gouvernement à partir des pratiques et dans une perspective résolument anti-autoritaire. Depuis 2014, j'ai intégré l'université de Grenoble comme maître de conférences en philosophie. Je travaille sur la question de l'autorité politique, sur les notions de société du spectacle et de société du contrôle. J'essaie également de porter, avec les étudiants, des projets de philosophie appliquée déconstruisant les pratiques de pouvoir. Enfin, nous tentons de faire vivre un réseau de "philosophie plébéienne", anti-patricienne donc, mais aussi en recherche de relations avec tous nos camarades artisans de la critique sociale.

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