politique


L’insertion des personnes condamnées : police ou politique ?

Ce texte est issu d’une intervention aux Journées internationales de la recherche en milieu pénitentiaire, Insertion et désistance des personnes placées sous main de justice, à L’Ecole Nationale de l’Administration Pénitentiaire, Agen, 2010 Télécharger le PDF   Introduction : Police et politique Le problème de l’insertion est habituellement présenté comme celui de la recherche d’un bon rapport entre l’économique et le social, c’est-à-dire entre la logique de l’échange marchand des biens et des services et la logique du lien social, de ce qui permet d’assurer la cohésion de la société. Et, d’une manière générale, on nomme « politique » le problème de ce rapport. La politique interviendrait pour régler le rapport entre l’économique et le social par une série d’instruments (législatifs, réglementaires, incitatifs etc.). Or, pour le philosophe Jacques Rancière, si l’on en reste là on rate, ou on oublie, la dimension proprement politique de phénomènes comme l’exclusion ou l’inégalité. Il ne […]


L’application des peines entre ennemi, citoyen, menace et usager

Article initialement paru  dans la revue Jurisprudence. Revue critique, numéro spécial, 2015, Université Savoie Mont Blanc Télécharger le PDF Face à la question redoutable du sens de la peine aujourd’hui, le premier réflexe serait l’abstention ou l’esquive tant les difficultés qu’elle pose semblent insurmontables. Il est pourtant intéressant de s’attarder un peu sur la nature de ce réflexe, les idées et sentiments qu’il suscite, parce que cela est plein d’enseignement. En effet, nous ne sommes pas embarrassés parce que nous ne trouvons pas de réponse, parce que la peine nous apparaîtrait dépourvue de sens tout court mais, au contraire, parce que plusieurs réponses, plus ou moins bien formulées, nous viennent pêle-mêle, que nous n’arrivons pas à ranger, à hiérarchiser. Autrement dit, le problème immédiat que nous pose le sens de la peine n’est pas celui d’une absence de signification mais, au contraire, d’une profusion contradictoire. Le problème que pose la […]


Du bon côté du barbelé

Emission Comme un bruit qui court, diffusée sur France Inter le 12 décembre 2015 Partie sur le barbelé près d’un centre de rétention à partir de 19’26, après une partie sur le Camp Climat. On l’appelle « corde du diable », « écharde du souvenir », ou «frontière brûlante » : comment le fil de fer barbelé, outil agricole ingénieux, est-il devenu un outil politique, symbole universel de l’oppression? La crise internationale des migrants a fait réapparaitre le barbelé dans notre paysage médiatique, et des images de personnes massées derrière les barbelés emplissent nos écrans de télévision et les unes des journaux. Des frontières entre la Hongrie et la Serbie, entre la Turquie et la Grèce, entre le Maroc et les enclaves espagnoles de Ceuta et Melilla, en tout, près de 235 km de clôtures barbelées entourent la Forteresse Europe. Mais alors que l’image du barbelé évoquait jusqu’à présent le […]


Rationalité gouvernementale et Institution

 

Interventions dans l’abécédaire sur la violence aux Rencontres Philosophiques d’Uriage en octobre 2015

 

Durée : 40´ 1ère partie

R comme rationalité gouvernementale par Olivier Razac       0 / 6’40

V comme vitalité par Sid Abdellaoui        6’40 / 11’47

S comme soif de sang par Marc Crépon      11’47 / 17’50

I comme institution Olivier Razac      17’50 / 23’51

L comme logos par Evelyne Buissière      23’51 / 30’26

D comme douce violence par Pierre Cellier       30’26 / 36’28

C comme créativité par Sid Abdellaoui      36’28 / 42’

Animé par Anne Eyssidieux-Vaissermann

 


Une critique de l’autorité politique 2. Méthode

Pour préciser le problème de l’autorité politique comme rapport entre le fait de la force et le droit de l’autorisation, il est intéressant de repartir d’un texte classique sur le sujet, un dialogue de Platon, le Gorgias. Le dialogue porte sur la rhétorique, c’est-à-dire l’art de parler pour convaincre. Je ne m’intéresse pas ici au dialogue dans son ensemble mais à un échange particulier entre Socrate et un personnage fascinant qui s’appelle Calliclès. Dans le dialogue, Calliclès représente la « clientèle » des sophistes ; des individus de la classe sociale supérieure qui suivent les cours des sophistes pour l’emporter dans les discussions politiques, en particulier à l’assemblée. Calliclès commence par distinguer la nature et la loi, qu’il reproche à Socrate de confondre, quand c’est lui, en fait, qui va produire la plus grande confusion. Il affirme donc que, selon la nature, il est est juste que le meilleur ait plus que celui […]


Une critique de l’autorité politique 1. Hypothèse

Partons d’une question naïve : pourquoi une puissance ou un pouvoir ne se contente-t-il pas de s’exercer purement et simplement ? Pourquoi s’adjoint-il quasi nécessairement des formes de justification ou de légitimation ? Nous aurions du mal à trouver dans l’Histoire, ou même à penser, une force, une puissance, un pouvoir qui s’exercerait au détriment d’une autre force ou puissance sans affirmer en même temps, d’une manière ou d’une autre, qu’elle a le droit de le faire. Même la violence d’un pouvoir autocratique qui possède une supériorité « physique » décisive s’accompagne de discours de justification, de légitimation, c’est-à-dire de discours qui affirment que cet usage de la force n’est pas « brut », gratuit, arbitraire mais s’appuie sur des raisons qui le fondent, le rendent juste, voire nécessaire. Ces discours peuvent être de tout type : scientifiques (par exemple des théories sur l’inégalité des races justifiant asservissement ou extermination), juridiques en jouant sur le formalisme du droit, géopolitiques […]


« La prévention de la récidive » ou les conflits de rationalités de la probation française

Résumé : La notion de « prévention de la récidive » apparaît désormais, sinon comme l’alpha et l’oméga de la politique pénale en France, du moins comme un impératif de plus en plus surplombant. C’est particulièrement visible dans les orientations imposées aux Services Pénitentiaires d’Insertion et de Probation (SPIP) ces dernières années. En s’appuyant sur un double ensemble de sources écrites (textes normatifs, brochures, rapports…) et orales (une quarante d’entretiens avec des professionnels), cet article propose d’abord un repérage distinguant six rationalités structurantes du champ de la probation française. Sur cette base, il entend ensuite montrer que l’usage institutionnel de la « prévention de la récidive » a pour effet de recouvrir les contradictions et torsions qu’implique l’articulation de registres d’action hétérogènes. Il soutient alors la thèse selon laquelle cette notion non seulement ne produit qu’une clarification rhétorique des missions, qui nourrit plus qu’elle ne résout la confusion des pratiques, mais permet surtout de faire […]


L’hydre pénale à trois têtes

Premières lignes : Une faiblesse de la pensée, en particulier de la pensée critique, consiste à considérer les choses d’une manière binaire : c’est soi ça, soit ça. C’est en particulier le cas quand on essaie de comprendre comment fonctionnent les rationalités qui façonnent la manière dont se produit le savoir ou s’exerce le pouvoir. L’idée simpliste qui prévaut comme un réflexe est qu’il ne peut y avoir qu’une seule rationalité à la fois, une seule rationalité qui caractérise un dispositif, une institution ou notre époque  […] Article publié dans la revue Multitudes, 51, printemps 2013 Lien vers la page (Commentaire : Le titre n’est pas idéal. l’éclectisme des rationalités pénales n’est pas qu’à trois têtes mais à x têtes. Pour ça, voir la recherche Les rationalités de la probation française)  


Les rationalités de la probation française

Résumé : Depuis une vingtaine d’années, le champ de la probation française a connu des changements rapides, rythmés par une diversification des mesures pénales, une augmentation de la population suivie, mais aussi une série de textes réglementaires modifiant l’organisation des services et tentant de préciser, voire de redéfinir, la nature des missions. Cette évolution ne s’est pas déroulée sans provoquer des conflits révélateurs d’un problème de fond, qui réside dans la multiplicité des registres d’action que les conseillers pénitentiaires d’insertion et de probation doivent manipuler dans les prises en charge. On peut diagnostiquer que cet éclectisme des pratiques pose à la fois des problèmes théoriques, éthiques et politiques, relatifs à la maîtrise des différentes connaissances nécessaires, à la pluralité des positionnements relationnels et à celle des formes de légitimation. Cette recherche tente ainsi de définir le plus rigoureusement possible les rationalités qui structurent le fonctionnement de la probation française de […]


Utopies banales

Résumé : L’utopie est classiquement une pensée religieuse où il s’agit de résister vers… un idéal transcendant que justement on n’atteindra jamais, nous condamnant ainsi à l’impuissance et les lamentations. Or, dans les « sociétés de contrôle », notre vie entière est gouvernée à la gestion, dans une ambivalence permanente entre sécurité, confort et coercition, frustration… D’où la nécessité d’une autre pensée de l’utopie qui parte du présent, de la manière effective dont nous sommes gouvernés. L’utopie consiste alors à résister à… en créant des espaces-temps différentiels échappant à la gestion. Ultimement, dans la mesure où l’on ne pense plus en fonction d’un dehors mais dans l’immanence même du pouvoir qui nous enserrent autant que l’on y participe, l’utopie peut se diffracter en un résister dans…, grignotant sans cesse les conditions de l’ordre établi. Accéder au texte sur le site web/revue additionaldocument Ce texte fait suite à La gestion de la perméabilité


La gestion de la perméabilité

Résumé : Les réflexions sur l’évolution de l’exercice spatial du pouvoir risquent toujours d’être rabattues sur une opposition binaire entre deux options, à la fois réelles et exclusives : la fortification des délimitations et la gestion des circulations. Pour dépasser cette antinomie, cet article propose une modélisation plus complexe des phénomènes de virtualisation des délimitations centrée sur la figure du checkpoint. L’enjeu de cette modélisation est aussi directement politique dans la mesure où cette « gestion de la perméabilité » implique des formes de résistance spécifiques, qui ne correspondent pas au geste classique de la transgression de la limite. Accéder au texte sur la revue L’espace politique Ce texte est complété par Utopies banales


Le nouvel espace carcéral : lèpre, peste, variole

Résumé : Le placement sous surveillance électronique mobile (PSEM) est une des obligations possibles des nouvelles mesures de sûreté. Il permet un contrôle des déplacements en milieu ouvert grâce à l’association des technologies GPS et GSM. Il a pu être ainsi présenté comme en rupture avec la conception classique de l’espace pénal et, en particulier, carcéral. Avec le PSEM, tout se passe comme si l’on n’avait plus besoin d’enfermer les individus les plus dangereux pour protéger la société et prévenir la récidive. Et pourtant, cet enfermement virtualisé (qui n’est pas une virtualisation de l’enfermement) repose sur les caractéristiques de l’espace carcéral du 19e siècle. Espace que Foucault décrit comme la superposition paradoxale des modèles de la lèpre et de la peste. A ces deux modèles, la géolocalisation pénale ajoute la traçabilité qui correspond au troisième modèle foucaldien d’exercice du pouvoir, moins connu, de la variole. Voilà ce que nous devons […]


L’utilisation des armes de neutralisation momentanée en prison

Résumé : Les services de sécurité utilisent de plus en plus un matériel intermédiaire entre les armes à feu et la négociation ou l’intervention physique simple. Le personnel pénitentiaire n’échappe pas à cette évolution et a été doté depuis une quinzaine d’années de combinaisons d’intervention et de matraques, de gaz incapacitants et de munitions dites non-létales. La suite logique serait la dotation en matériel de dernière génération, en particulier des pistolets à impulsions électriques. Cette hypothèse est au coeur de ce travail d’enquête auprès des formateurs de l’Ecole nationale d’administration pénitentiaire. Cette évolution pose des questions proprement pénitentiaires, en termes opérationnels et éthiques, mais elle éclaire également le phénomène général d’un pouvoir répressif utilisant de plus en plus des méthodes de neutralisation. Loin du débat insuffisant sur la réalité de la « non-létalité » de ces armes, cette enquête vise à problématiser le pouvoir de neutralisation en tant que tel, c’est-à-dire cette […]


Mesures de sûreté et travail social pénitentiaire. Le cas du placement sous surveillance électronique mobile

Résumé : Le travail des conseillers pénitentiaires d’insertion et de probation connaît actuellement des transformations importantes illustrées, en particulier, par une réorganisation des services autour des nouvelles technologies, d’une approche criminologique et d’un management par objectifs. C’est dans ce contexte que le placement sous surveillance électronique mobile (PSEM) s’est mis en place depuis 2006. Doublement innovant, par ses caractéristiques techniques et le cadre des mesures de sûreté dans lequel il s’inscrit, le PSEM révèle avec force les ambiguïtés de la recomposition du champ de la probation en France. Accéder au texte sur le site de la revue Champ pénal/Penal Field


Sur le film Hunger, ou la question des prisonniers politiques en démocratie

Résumé : Le film Hunger de Steve McQueen attire l’attention du spectateur par son esthétique fascinante. Il s’agit pourtant également d’un grand film de philosophie politique. En traitant de la résistance des prisonniers de l’IRA en 1981 et de la grève de la faim fatale de Bobby Sands, il livre une réflexion précieuse sur la question des prisonniers politiques en démocratie. Plus profondément, il met en scène les ambiguïtés des jeux entre le pouvoir et la résistance dans les démocraties consensuelles et biopolitiques. Accéder au texte sur le site de la revue Appareil


Le placement sous surveillance électronique mobile : un nouveau modèle pénal ?

Résumé : Le Placement sous surveillance électronique mobile (PSEM) a été créé par la loi du 12 décembre 2005 relative au traitement de la récidive des infractions pénales. Il présente d’emblée une double nouveauté : technique parce qu’il repose sur une technologie de géolocalisation (GPS) et juridique parce qu’il s’inscrit dans le renouveau des mesures de sûreté. Il s’agit donc de savoir jusqu’à quel point il représente une rupture de notre modèle pénal. Plus précisément, le PSEM semble s’adresser à un personnage très différent du sujet pénal classique, ni sujet responsable de ses choix, ni objet responsable de son anormalité, ce nouveau personnage est un sujet qui doit prendre en charge sa dangerosité objective. Ensuite, cette surveillance électronique produit un nouvel espace-temps pénal, celui d’une traçabilité permanente pour un temps indéterminé. Enfin, le PSEM révèle avec force les lignes de tension d’un travail social pénitentiaire dans sa reconversion en probation sécuritaire. […]


La dépersonnalisation, éthique et politique

Résumé : Les combats politiques continuent massivement d’être captés par la figure de l’Etat et surtout pour en revendiquer l’amélioration. En 1978, Foucault annonçait pourtant des formes de résistance différentes, comme dissolutions créatrices et microscopiques de l’état des choses. Un des points essentiels de ce déplacement des résistances implique un lien intime entre éthique et politique dans la mesure où la gouvernementalité moderne passe par des aller-retour incessants qui lient l’individu à la masse et produisent la masse à partir des individus. Le nœud de ce processus de normalisation est la personnalité comme structure réglée de l’existence individuelle. Tout déplacement politique suppose donc un mouvement de déprise de soi comme structure de personnalité, une dépersonnalisation. Et cela est tout aussi vrai pour les personnalisations militantes vécues comme subversives. Ne plus croire en la nécessité de ce que nous sommes censés être mais dans notre pouvoir de nous changer nous-mêmes. Une version […]


L’écran et le zoo. Spectacle et domestication, des expositions coloniales à la télé-réalité

Résumé : Le spectacle est de plus en plus un spectacle de la réalité. Pas seulement dans les émissions les plus voyantes et controversées comme les différents avatars de Big Brother. Mais aussi dans les reportages dits d’information, les actualités et même les fictions qui se complaisent dans une rumination du banal. Surtout, le problème de cette évolution médiatique ne doit pas être rabattu sur la question morale ou politique du contenu, comme s’il suffisait de véhiculer de bons modèles pour clore la question. Ce qu’il faut analyser, ce n’est pas ce qui est diffusé mais un mode spécifique de diffusion, afin de comprendre les effets spécifiques que cette diffusion peut avoir. Or, le spectacle de la réalité fonctionne comme un zoo, il prend essentiellement la forme d’un spectacle zoologique, animalier ou humain. Aucune provocation dans le choix de ce modèle, mais une comparaison heuristique. Le zoo, comme dispositif spectaculaire, est caractérisé […]