Une critique de l’autorité politique


Éclectisme

(Cet article fait partie du premier numéro de la revue Casus Belli : Où va la France ? qui prend la forme d’un abécédaire) La question de savoir comment une autorité arrive à s’imposer, c’est-à-dire à produire des effets d’obéissance, appelle de multiples réponses : par la force, par la position sociale, par le mensonge ou l’illusion, par la raison etc. Souvent, bien sûr, nous sommes gouvernés par un mélange de toutes ces modalités d’exercice du pouvoir. Chacune possède ses propres exigences, de puissance, de hiérarchie, de ruse, d’argumentation, qui peuvent entrer en synergie ou au contraire se contrecarrer. Ceci est très classique. Pour autant, l’actualité de notre régime de gouvernement, en particulier en France, engage à faire le focus sur deux caractéristiques relativement étonnantes de l’autorité politique. D’un côté, il ne faudrait pas négliger le reste de gouvernement par la raison dans les discours institutionnels et politiciens. En fait, […]


Une critique de l’autorité politique 2. Méthode

Pour préciser le problème de l’autorité politique comme rapport entre le fait de la force et le droit de l’autorisation, il est intéressant de repartir d’un texte classique sur le sujet, un dialogue de Platon, le Gorgias. Le dialogue porte sur la rhétorique, c’est-à-dire l’art de parler pour convaincre. Je ne m’intéresse pas ici au dialogue dans son ensemble mais à un échange particulier entre Socrate et un personnage fascinant qui s’appelle Calliclès. Dans le dialogue, Calliclès représente la « clientèle » des sophistes ; des individus de la classe sociale supérieure qui suivent les cours des sophistes pour l’emporter dans les discussions politiques, en particulier à l’assemblée. Calliclès commence par distinguer la nature et la loi, qu’il reproche à Socrate de confondre, quand c’est lui, en fait, qui va produire la plus grande confusion. Il affirme donc que, selon la nature, il est est juste que le meilleur ait plus que celui […]


Une critique de l’autorité politique 1. Hypothèse

Partons d’une question naïve : pourquoi une puissance ou un pouvoir ne se contente-t-il pas de s’exercer purement et simplement ? Pourquoi s’adjoint-il quasi nécessairement des formes de justification ou de légitimation ? Nous aurions du mal à trouver dans l’Histoire, ou même à penser, une force, une puissance, un pouvoir qui s’exercerait au détriment d’une autre force ou puissance sans affirmer en même temps, d’une manière ou d’une autre, qu’elle a le droit de le faire. Même la violence d’un pouvoir autocratique qui possède une supériorité « physique » décisive s’accompagne de discours de justification, de légitimation, c’est-à-dire de discours qui affirment que cet usage de la force n’est pas « brut », gratuit, arbitraire mais s’appuie sur des raisons qui le fondent, le rendent juste, voire nécessaire. Ces discours peuvent être de tout type : scientifiques (par exemple des théories sur l’inégalité des races justifiant asservissement ou extermination), juridiques en jouant sur le formalisme du droit, géopolitiques […]