Une philosophie plébéienne


Une philosophie plébéienne Partie 2 : Une philosophie appliquée

Résumé : La rencontre qui détermine le niveau d’application de cette philosophie plébéienne est celle du travail de Foucault, mais pas simplement à travers la découverte de ses textes. L’apport de Foucault est à comprendre à travers une certaine utilisation critique de ses concepts à des objets concrets et contemporains. Le premier aspect concerne la manière d’appréhender la question politique ou de considérer l’exercice du pouvoir. Foucault construit un niveau d’analyse qui se place « entre » deux pôles classiques – entre l’idéalité et la matérialité, entre le droit et le fait, entre la vérité et la force. Il ne se pose pas la question de savoir d’où vient le pouvoir, mais pas non plus seulement celle de ses effets, il interroge son fonctionnement. Le pouvoir et la politique comme technologie. Cela conduit au deuxième aspect, le dispositif comme concept clé, ou plutôt modèle d’analyse, des pratiques de gouvernement. Télécharger le PDF


Une philosophie plébéienne Partie 1 : Une philosophie critique

Résumé : La pratique de la philosophie en Segpa et la rencontre avec les enseignants et les élèves a soulevé un problème précis qui concerne la place du philosophe, la forme de la relation avec le non‑philosophe et la finalité de l’échange. La relation philosophique est un dialogue dans lequel chaque argument est confronté à la possibilité d’un contre-argument et ainsi de suite. Mais la forme apparemment horizontale du dialogue ne suffit pas à régler tous les problèmes que posent cette relation. Problèmes qui correspondent à la fixation des trois positions dans le dialogue. Que le savoir soit ramené à lui-même le pose comme Vérité qui s’impose d’une manière unilatérale. Que la critique soit ramenée à elle-même la dévalorise comme déconstruction stérile. Que l’ignorant soit ramené à lui-même dit assez qu’il n’en sortira jamais. Il faut donc approfondir notre conception du dialogue philosophique en opposant deux dialogues de Platon que […]


Une philosophie plébéienne : Introduction

Introduction : pour une philosophie plébéienne On peut parfois se sentir étranger à sa propre pratique. On peut bien savoir que l’on fait de la philosophie, que l’on a été formé pour cela, que l’on s’inscrit dans une histoire relativement délimitée. Surtout, on peut être capable de dire le sens que cette pratique particulière a pour soi et pour les autres ou, du moins, être capable de faire l’effort, toujours à refaire, de cette formulation. D’autant plus que cet effort pour dire le sens de la philosophie fait partie de la pratique philosophique. Mais il y a des situations où il apparaît brutalement que ce que l’on fait ne correspond pas à la philosophie telle qu’elle se manifeste. Ce sentiment de décalage s’est cristallisé autour du problème de l’autorité. En effet, l’existence sociale de la philosophie semble tiraillée entre deux figures ; celle du professeur de philosophie qui manifeste une autorité académique, […]


La force de l’aporie

Si l’on cherche à savoir ce que peut signifier l’idée d’une philosophie plébéienne, il y a, au moins, deux pistes qu’il faut distinguer clairement. Première piste, est-il question d’une philosophie faite par la plèbe ? Et, si oui, quelle est la nature exacte de cette « plèbe » ? Le sous-prolétariat, pour prendre des termes légèrement surannés, ou la grande majorité des gouvernés par opposition aux gouvernants ou dominants, ou encore, d’une manière certainement plus intéressante, un concept qui permet de distinguer la plèbe, toujours illégitime, et le peuple, qui peut devenir légitime1 ? Deuxième piste, que je vais suivre ici, la notion de philosophie plébéienne désigne une certaine manière de faire de la philosophie (peu importe par qui en termes sociologiques) qui se caractérise par une critique des prétentions à la vérité des discours (prétentions de savoir) et à la légitimité du gouvernement des autres (prétentions de pouvoir) – ces deux prétentions étant systématiquement […]


Faire de la philosophie dans l’Administration pénitentiaire

L’enseignement et la pratique de la philosophie trouvent d’autres lieux que l’enseignement secondaire ou universitaire. En particulier, elle peut être mobilisée ou s’insérer dans des champs d’activité, des champs professionnels très différents. Le problème initial consiste donc à se demander ce que devient la dimension nécessairement critique de la philosophie lorsqu’elle s’articule à des exigences pratiques, professionnelles, bureaucratiques, économiques et politiques. Ce problème, je voudrais l’aborder à partir de mon expérience d’enseignement-chercheur dans une institution bien particulière – l’École nationale d’administration pénitentiaire (Enap). L’Enap, située à Agen, est une école de formation professionnelle accueillant tous les personnels pénitentiaires de France. Elle possède également un centre de recherche qui participe aux enseignements. La question qui se pose dans un tel contexte est de comprendre quels efforts ou quelle inventivité sont nécessaires pour y trouver sa place. Or, je voudrais montrer que si, d’un côté, il est nécessaire d’adapter la démarche philosophique […]


Faire de la philosophie en SEGPA

Socrate1     On peut facilement penser que le collège et plus encore ses Sections d’Enseignement Professionnel Adapté ne sont pas des lieux favorables pour la pratique de la philosophie. Est-il même possible de prétendre faire participer des élèves jeunes en très grande difficulté scolaire à une discipline culturelle de haut niveau qui suppose de nombreux apprentissages ? Or, on ne peut pas se demander : « Qui peut philosopher ? » Sans poser une question plus qu’usée : « Qu’est-ce que la philosophie ? » Ou plutôt pour mieux commencer : « Que se passe-t-il quand on fait de la philosophie ? » Repartons-donc de cette « origine » de la philosophie que l’on place traditionnellement dans le personnage de Socrate. L’activité propre à Socrate, et qui serait comme l’essence de l’attitude philosophique, est le dialogue critique. Un de ses aspects s’appelle la maïeutique, l’art d’accoucher les esprits. La philosophie serait donc d’abord une attitude qui consiste à dialoguer […]


Une philosophie plébéienne

La philosophie reste largement une pratique autoritaire au service de l’autorité. On peut même penser qu’elle régresse, en particulier à l’Université, vers cette « origine » platonicienne. C’est pourquoi il nous faut reprendre sans cesse, chacun pour notre compte et tous ensemble, la production d’une philosophie qu’un Nietzsche appelait « inactuelle » ou « intempestive » et que Foucault a pratiqué dans un souci critique de « l’actuel ». « Il appartient à la philosophie moderne de surmonter l’alternative temporel-intemporel, historique-éternel, particulier-universel. À la suite de Nietzsche, nous découvrons l’intempestif comme plus profond que le temps et l’éternité : la philosophie n’est ni philosophie de l’histoire, ni philosophie de l’éternel, mais intempestive, toujours et seulement intempestive, c’est-à-dire contre ce temps, en faveur, je l’espère d’un temps à venir. » La philosophie de l’histoire et de l’éternité est finalement une philosophie qui fait remonter le temps présent à un fondement absolu et/ou le subordonne à une finalité absolue. De ce point de […]